UN CARNET PAS SI CHIEN

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Né au Liban, il est la personne la plus connue de la mode, sous le nom El Khoury traduisez ‘le curé’, mais ne vous y trompez point, Fady est loin d’être austère. Ce sniper de la mode éreinte et loue (c’est selon) les maisons par sa plume tranchante comme une lame de Ulfberht, cette première exceptionnelle épée viking brandée, qui fut probablement la première marque de luxe connue du fin fond de l’Empire Ottoman avec ses yatagans aux confins du pôle Nord. Fin littéraire, il invente, au gré des collections, ses personnages et les nomme avec des titres de Comtesse, Vicomtesse et Baronne pour décrire la mode avec humour et impertinence voire irrévérence, mais toujours avec une grande justesse de vue, sans méchanceté ni vulgarité. Il leur prête sa plume pour les collections de couture et de prêt-à-porter.

Lire un de ses articles requiert de la concentration, de la culture et du savoir, pour comprendre tout et surtout les messages cachés. Vous en sortez épuisé mais ravi intellectuellement, à la fin de son verbe.

Il est le libanais de France qui connaît le mieux la langue de Molière et parfois mieux que certains Français de cette profession. Sa plume est comme une dague qu’il enfonce, non pas d’un grand coup, mais par petites touches homéopathiques qui fait qu’à la fin de l’envoi, il a traqué le moche.

Il ne caponne pas, il scrute le beau et le ridicule, c’est lui qui écrit derrière la plume d’Angeline de Monthurban von Schtupp y Fuentes. Ce Carnet est distribué pendant les collections, là où logent les acheteurs qui sont le coeur premier des maisons de mode, mais aussi à la sortie des présentations. Il est craint mais fait aussi beaucoup rire, à l’instar de la Commedia dell’arte ou ces films italiens où le rire est franc tout en laissant un arrière goût dans la bouche pour celui qui en est l’objet.

Son regard affûté est juste, et surtout ami du genre humain. Ce Voltaire d’Orient, ce Chevalier Lubnan ‘blanc’ a connu un parcours inhabituel : il est né au Liban, fut élevé au Brésil, études suivies entre le Liban, la France et les Etats-Unis, une longue histoire d’amour avec le Mexique, une autre longue escale Américaine pour ensuite revenir à Paris, coeur de sa pensée et de ses émotions. Ce nomade de la pensée a fait sienne la devise de Walt Whitman : “Je suis universel, je contiens les multitudes.” Personne ne peut mépriser un grand talent qui, pourvu de son savoir, écrit d’abord ses articles avec son cœur.

Un homme fidèle de la main qui le nourrit, il me dit un jour : “la liberté fait peur, angoisse : elle inquiète l’individu qui se trouve face à lui-même dans le doute, devant la possibilité de choisir, donc d’exprimer le poids de sa responsabilité”. La Vicomtesse, elle-même, en serait restée comme deux ronds de flan !

Il n’y a pas une seule culture au monde où il soit permis de tout faire. Et on sait depuis longtemps que l’homme ne commence pas avec la liberté, mais avec la limite, la ligne de l’infranchissable.

Anonymode

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